vendredi 20 juin 2008

Une graine de tournesol qui s'essaime

Togu c'est un jeune mec, la trentaine. Il vient de Sumatra, lui aussi. Avec sa bande de potes, ils ont cree une association, ici a Pangkalan Bun. Yayorin! Leur credo: les hommes ont besoin de la foret, et la foret a besoin des Orang Outans. En clair une approche avant tout humaniste de la conservation: faire son possible pour sauver les orang outans c'est bien, mais c'est quand meme beaucoup mieux si d'abord on offre l'education aux fermiers, aux villageois, a la jeunesse. Bref. Ils sont 25, tous jeunes, tous amis, motives, passionnes, et avec leurs cerveaux tres bien construits et leurs gros bras, ils ont bati un endroit remarquable. Une bibliotheque bien fournie pour les enfants, 8000 livres. Et aussi des cours d'anglais dans la nature, ils ont recree une petite foret dans leur jardin, il font des camps ici avec les petits, ils leur apprennent le recyclage, le respect de la nature, le jeu.


Et puis surtout, ils ont developpe un programme d'education a l'agriculture biologique. Eux ont reussi l'exploit de faire pousser des legumes sur cette terre de tourbieres, sablonneuse ou rien ne pousse a explique le gouvernement indonesien. Alors ils invitent les fermiers, leur expliquent que c'est possible de faire pousser des legumes plutot que des palmiers a huile. Ils les forment, les encouragent eux aussi a planter, a exploiter enfin leur terre. Et surtout ils leur donne l'outil pour le faire, l'education.


Ils esperent qu'ils vont en convertir peu a peu, et que peut etre un jour les plants de tomates, les choux, et les salades remplaceront les palmiers a huile. Ils se bougent, ils n'ont pas d'argent mais de l'energie. Au debut on les regardait avec mefiance ici, parce qu'ils avaient tous les cheveux longs et moins de 30 ans. Maintenant, on les appelle quand quelqu'un tombe malade dans un village. Ils ont aujourd'hui quasi atteint le statut de messie. Meme dans la terre defrichee, il y subsiste toujours quelques jeunes pousses pour resister. Yayorin, c'est une graine de tournesols dans un champs de palmier!



Moi qui ne m'emballe pas souvent pour les projets associatifs, pour une fois j'ai ete conquise, convaincue, seduite, par le pragmatisme et l'intelligence de ce projet tout autant que par l'engagement de cette petite equipe rayonnante. Voila, je trouvais que cela meritait d'etre souligne ici.

La theorie de l'evolution: Rien ne descend de l'arbre... car l'arbre est tombe

"Vous allez voir la famille de Darwin, c'est bien ca? (en parlant des Orang Utans) Votre scientifique la, qui pense que l'homme descend du singe... L'homme descend du singe.... Ha ha ha ha... Hi hi... haaa haaa..."
Yesran vient de Sumatra, il vit et surtout travaille a Borneo depuis 2 ans. Son metier? "un peu chimiste, un peu scientifique". Son domaine d'activite: les plantations d'huile de palme, comme tout le monde au Kalimantan. Ici, quand on ne coupe pas les arbres, on plante des palmiers pour en faire des "bio"carburants.... Yesran ne croit pas a la theorie de l' evolution. Pas plus qu'aux dommages a l'environnement causes par la culture de l'huile de palme. Yesran croit en revanche qu'il est temps d'investir, d'ailleurs si ca nous interesse, c'est un "very good business". Yesran est riche, il prend l'avion, il a une maison, une voiture, un chauffeur, un laptop. Et il est surtout vraiment tres sympa.


Rencontre a l'aeroport de Sampit, il nous a pris d'affection. Il a voulu nous payer notre trajet jusqu'a Pangkalan Bun a 4 h de la. On ne s'est pas laisse faire. Mais nous avons quand meme partage le meme 4x4. Yesran, c'est un gros coup de bol journalistique aussi. Je voulais interviewer un producteur d'huile de palme, je savais que ca allait etre une mission quasi impossible. Et puis la, je me retrouve en compagnie d'un des cerveaux d'une de ces compagnies, pendant pres de 6 heures....Alors j'ai un peu finte, je ne lui ai pas vraiment dit ce que je faisais, mais j'en ai profite pour poser 10000 questions. Oui, je l'ai un peu interviewe a l'insu de son plein gres. C'est vrai. Mais pour la bonne cause...Si, si, si...


J'espere vraiment pouvoir tirer quelque chose des rencontres ici, vendre ce papier.(Il y a de la supplication cachee dans cette phrase chers confreres et neanmoins amis :0) ) Imaginez que sur 5 heures de route, on n' a pas vu un arbre, il n'y a plus un hectare de foret ici sur des centaines et centaines de kilometres. (des milliers meme) C'est assez hallucinant. A la place des plantations d'huile de palme qui ne profitent a personne, ni aux fermiers ni a l'environnement. Tout au plus aux grands exploitants. Et je ne joue pas mon alter mondialiste de base, promis!


Une fois arrives a Pangkalan Bun, nous avons file chez Stephen Brendt, le conservateur du Parc de Tanjung Puting, une des dernieres poches de foret primaire au Kalimantan. Re- interview. Je n'oserais pas me plaindre, je l'ai bien cherche, mais... bosser, faire un interview in english please apres un leve a 4 h du mat' (et une nuit dans un hotel euh...moisi, ouais c'est le mot) un avion tout pourri, un taux d'humidite proche du 90%, air ambiant 35 degres, 5 heures de 4x4 sur une route defoncee... ben, franchement, c'est hard!


Mais bien evidemment la rencontre fut forte sympathique, et vraiment interessante. Nous en avons mesure toute la portee ce matin seulement apres une bonne nuit de sommeil plus que necessaire et un retour a son bureau pour prendre quelques photos. Et la Stephen nous a donne un contact en or, de ceux qui vous reconcilie avec l'humanite. Il porte le nom de Togu...

Mother Fokker plane !

Prendre un avion en Indonesie, en soit, c'est deja une petit aventure...
Petite culture aeronautique: il s'agit du pays aux 80 compagnies sur liste noire, a savoir la totalite de la flotte du pays.
Maintenant prendre l'avion en Indonesie pour une ville ou personne ne va, (enfin quand meme bien une centaine de personnes, il faut relativiser les infos qu'on me donne et que je vous relaie) ca tient peut etre un peu de l'heresie, je vous l'accorde.

Ne vous fiez surtout pas a l'aspect rutilant du nez de cet avion... C'est un leurre!

En clair pour prendre l'avion de Surabhaya a Borneo, il faut avoir, dans le desordre:
-Un grain
-La foi: Allah, Vishnu, Boudha, le soleil ou meme un ver de terre, l'essentiel c'est la foi; et un petit repertoire de prieres, histoire de ne pas etre pris au depourvu.
-Du Rescue, beaucoup, beaucoup, beaucoup de Rescue
-Une main a ecraser
-Un coeur solide
-De la vodka, du pastis (pur) , du ruhm, de l'eau de vie, voir si possible les quatre a la fois. Bref tout ce qui peut vous alterer la conscience de maniere provisoire mais certaine!
-Un t-shirt porte-bonheur
- Un parapluie, pour eviter les gouttes d'eaux qui vous suintent dessus apres une heure de vol... de la condensation sans doute... :0o (je ne veux meme pas savoir ni pourquoi ni comment un avion condense)

Bon, nous on avait du jus d'orange a la place de l'alcool, mais visiblement cela a tout de meme fonctionne. On croise tout ce qu'on peut pour le retour... Tous a vos gris-gris , on va avoir besoin de vous le 26 juin prochain...:0)




Mais place au present, pour l'instant on a les pieds bien ancres sur le sol en tourbiere de Borneo, et ca, ca n'a pas de prix (enfin , si, mais c'est une autre histoire!)

mercredi 18 juin 2008

De l'importance de la sensualite culinaire II

Bon... ceci dit parfois, les experiences culinaires inedites, ca tourne carrement a la debandade...

Si l'un ou l'une, d'entre vous arrive a identifier la composition exacte du goulag culinaire ci-dessous ( un indice chez vous: il s' agit d'un dessert), il/elle gagne une aventure gastronomique dans ma cuisine...Et je promets de ne surtout pas tenter de refaire" comme sur la photo".


mardi 17 juin 2008

Comme une odeur de souffre..rance

Lundi 16 juin, Java, Ketapang

Leves a... 2 heures du mat', (pas la peine de relire, ce n'est pas une faute de frappe). Premier exploit reussi... Depart pour le Kawa Ijen, un volcan connu pour son lac d'acide et l'exploitation du souffre qu'il genere.
2 heures du mat' donc, paupieres lourdes et demarches pataudes, nous embarquons dans notre 4x4 au cotes de nos compagnons d'une nuit, un couple de francais, la quarantaine, entente cordiale sans plus. Pas d'epilogue, on economise la moitie du cout du trip grace a eux, on va pas faire les difficiles.

Apres deux heures de voiture cahotante, nous voila arrive au pied du Kawa Ijen. Nuit noire decoree par une voute celeste de science fiction a l'accueil. Il fait un peu frisquet, une dizaine de degres. L'organisateur, un jeune gars prenomme Budi nous a accompagne jusque la, ou plutot, soyons precis, a accompagne le chauffeur jusqu'ici. Emmitoufles dans une grosse veste, la tete enfoncee au 2 tiers dans un bonnet, elle-meme retraquetee entre ses fines epaules, il grelote. Un brin de causette, en attendant que Fred aille payer le droit d'acces du volcan, au gardien du site. Budi m'explique qu'il s'agit des conditions climatiques extremes pour lui, enfin pour eux les Indonesiens. Puis, tres serieusement, il me demande: "mais comment vous faites vous en hiver?? Est-ce que vous arretez de travailler? Et les ecoles, elles ferment quand il fait froid? Je lui explique qu'il n'y a pas toujours 6 metres de neige en Europe. Et que 10 degres ne suffisent pas a dire a son boss, que ce matin finalemenent non, tiens j'vais rester sous la couette, trop extreme la... En tous les cas Budi n'ira pas plus loin, "ce n'est qu'un volcan, il y en a partout ici". Et nous n' insistons pas, loin de nous l'idee de le voir se congeler sur place par notre faute.

Nous voici sur l'unique chemin, qui monte vers le sommet, lampes frontales vissees sur le front. 1h 30 de marche nocturne sur 3km. Nous croisons les premiers porteurs de souffre qui ont deja effectue une descente dans le cratere. Il descendent le sentier a la torche, leur charge, de 80 kg environ, sur le dos. On vient de faire un bond de geant dans le temps. Ces hommes travaillent dans des conditions moyenageuses. Leur vie, c'est le volcan, le souffre qui les nourrit, qui les detruit, monter, descendre, remonter. Car il faut bien le transporter plus bas. De la il partira bien plus loin encore pour etre exploite par les geants de la chimie...

L'aube apparait, en meme temps que le sommet. Progressivement, les yeux s'habitue a cette luuminosite a peine eclose. D'autres cones volcaniques se dessinent tout autour de nous.

Moment magique!



Le soleil n'est pas encore leve, on verserait facilement notre petite larme, on se retient, pour plus tard...



Enfin le cratere, au fond, un lac, oscillant entre le turquoise et le vert d'eau, et puis un enorme nuage continu: de la vapeur de souffre. En bas les porteurs s'activent, l'un d'eux s' approche pour nous vendre une babiolle en souffre. Le tourisme ( 70% de Francais, attires ici grace/ a cause de Nicolas Hulot depuis qu'il y a tourne un Ushuaia en 2000 selon le garde francophone du volcan) leur permets d'arrondir leurs salaires derisoires. Moins de 100 roupies le kilos, cad quelque 10 cts. On comprend pourquoi, ils vont jusqu'a se charger de 100kg au detriment du bon sens, de leur sante mais pas de leur survie...

Plus loin en remontant la plus haute face du cratere, on peut appercevoir l'ile de Bali. Un lieu parfait pour engloutir un petit dej compose de 3 toasts avec de la confiture(la grande classe!) en observant le nuage de souffre en contre bas. Ce dernier change d'orientation tous les moments. Il est 6 heures du matin, seuls au monde, enfin seuls "touristes". Tout simplement beau, rien a ajouter!



Finalement, je renonce a descendre dans le cratere, la bronzette au bord du lac d'acide sulfurique bof, et puis comme un pressentiment. Avec ce vent changeant, le nuage de souiffre pourrait bien soudainement avoir l'envie de me coller aux train. et remonter avec lui, ca va etre l'enfer. Fred, lui, n'ecoute que son courage, et se lance a l' assaut du cratere tel le cabri...

En l'attendant, j'observe le manege ambiant. Les porteurs, qui peinent avec leur chargement, et les groupes de touristes qui sont arrives au sommet... Et la, j'ai honte.
Un groupe de piallieuse francaises fait des photos. Elle se plantent au milieu du sentier escarpe, genant les porteurs dans leur travail. Souvenir ultime la photo a cote du vrai porteur de souffre, "un pauvre homme" evidemment, qu'elle racontera Ginette pendant la soiree diapo... Grrr... Donc elle s'autophotographient parmi avec eux, et leur donne (attention c'est du lourd) un biscuit, au chocolat (faut pas les prendre pour des petit LU non plus) pour les remercier... Nausee... Je file a l'extreme oppose de cette bande de cinglees, sur l'un des sommets du cratere. J'ai d'un coup, l'impression d'etre au zoo! Je me sens mal a l'aise, un peu voyeuse de volcan, voleuse de misere....Etrange sentiment, toujours paradoxal du voyageur... Oui nous sommes tous le touriste de quelqu'un, mais le comportement de certains de mes congeneres, parfois, me laissent vraiment sans voix.

Entre temps, le nuage de souffre s'est bien deplace . Il disperse maintenant ses vapeurs toxiques en plein sur le chemin des porteurs, et celui de Fred. Au bout d'une heure, je le vois revenir, extenue et plus ou moins empoisonne au souffre. Il allume une clope, c'est bon signe, il va s'en remettre.... (c'est bon Peg, il a presque pas failli "mourir" cette fois :0))) Bon feeling de mon cote, et hop un petit compliment au 6eme sens feminin en passant.



Il est 11h30 quand nous arrivons a nouveau vers le 4x4 et retrouvons un Budi enfin rechauffe. Sur le trajet du retour, malgre les secousses, tout le m0nde s'effondre . Nous voici prets pour une deuxieme journee qui commence, par un bon repas... Evidemment.
La suite... a Borneo ou pas, on ne sait toujours pas si notre avion va decoller (d'ailleurs on ne sait pas non plus s'il va atterir....(c'est de l'humour maman!) )

De l'importance de la sensualite culinaire

C'est une conversation recurrente entre voyageurs. Et elle m' amene toujours a la meme conclusion... Voyager, ajoute a sa vie , et se regaler en voyageant, decuple le plaisir. Combien de fois, je me souvien avoir ete malheureuse a pleurer de plonger ma cuillere dans le 20eme meme plat de viande bouillie et rebouillie, sans saveur.... Minee par l'assiette, abattue a grands coups de couteau sans dent.

Au contraire, il est des pays ou on pourrait passer son temps a gouter ce qui nous passe sous les yeux, a saliver simplement en regardant des mains expertes decouper, assaisonner, et appreter quelques nouilles, ou se surprendre a suivre sans prudence un fumet inconnu dans la rue... La Thailande par exemple...

Il n y a (presque) rien de plus excitant que de laisser glisser sous sa langue une saveur nouvelle, de se laisser aller au plaisir de la texture, puis d'approcher l'orgasme des papilles... Surtout quand le lieu de gourmandise, a des airs de paradis.


Nous avions les pieds nus poses a Jimbaran, un village de pecheur au sud de Kuta et de l'aeroport quand j'ai pousse mon premier cri de plaisir d' agapes. Une plage, territoire des pecheurs, et des rangees de tables en plastiques sous les etoiles. Une epaisse fumee de feu de bois embaumait le lieu.
Voici le BBQ, version oceanique. 15 000 roupies ( env. 1.5 francs) les 100 gr de gambas, 25 000 pour la langouste, et du poisson frais a encore fretiller de la queue. En veux tu, En voila! Quand en plus, ca ne coute rien, les portes de l'extase se franchissent sans reflechir.


Alors evidemment on n' a pas su resister a l'appel des sirenes et craque pour le festin: du poisson grille, des gambas, des palourdes. Avant meme d'avoir eu le temps d'avaler une premiere gorgee de biere, la table s'etait remplie d'une dizaine de plats: epinards d'eau citronnes, salade de concombre, fruits, autres sauces epices ou sucrees et meme des patates etc...



Quand a la premiere bouchee, la chair du Red Snapper a fondu sur ma langue, j'ai plonge dans 1 heure 1/2 de pure jouissance, ponctuee de "mmmh", de "encore" et de "c'est trop bon" en cascade, sous l'oeil amuse du Fredo qui a irremediablement decrete ma gourmandise incurable. (Je mange presque deux fois plus que lui, pour le moins... deux fois plus vite!)

Enfin, l' essentiel c'est d'assumer, et de ce cote la aucun probleme. Mais j'avoue, je me sens encore coupable d'avoir abandonne cette gambas gisant, esseulee, sur son assiette en plastique. A decharge mon estomac m'as fait comprendre que c'etait elle ou lui!

Et a part ca? Ben... Je crois que j'ai perdu un kilo dans l'effort. :0)