Lundi 16 juin, Java, Ketapang
Leves a... 2 heures du mat', (pas la peine de relire, ce n'est pas une faute de frappe). Premier exploit reussi... Depart pour le Kawa Ijen, un volcan connu pour son lac d'acide et l'exploitation du souffre qu'il genere.
2 heures du mat' donc, paupieres lourdes et demarches pataudes, nous embarquons dans notre 4x4 au cotes de nos compagnons d'une nuit, un couple de francais, la quarantaine, entente cordiale sans plus. Pas d'epilogue, on economise la moitie du cout du trip grace a eux, on va pas faire les difficiles.
Apres deux heures de voiture cahotante, nous voila arrive au pied du Kawa Ijen. Nuit noire decoree par une voute celeste de science fiction a l'accueil. Il fait un peu frisquet, une dizaine de degres. L'organisateur, un jeune gars prenomme Budi nous a accompagne jusque la, ou plutot, soyons precis, a accompagne le chauffeur jusqu'ici. Emmitoufles dans une grosse veste, la tete enfoncee au 2 tiers dans un bonnet, elle-meme retraquetee entre ses fines epaules, il grelote. Un brin de causette, en attendant que Fred aille payer le droit d'acces du volcan, au gardien du site. Budi m'explique qu'il s'agit des conditions climatiques extremes pour lui, enfin pour eux les Indonesiens. Puis, tres serieusement, il me demande: "mais comment vous faites vous en hiver?? Est-ce que vous arretez de travailler? Et les ecoles, elles ferment quand il fait froid? Je lui explique qu'il n'y a pas toujours 6 metres de neige en Europe. Et que 10 degres ne suffisent pas a dire a son boss, que ce matin finalemenent non, tiens j'vais rester sous la couette, trop extreme la... En tous les cas Budi n'ira pas plus loin, "ce n'est qu'un volcan, il y en a partout ici". Et nous n' insistons pas, loin de nous l'idee de le voir se congeler sur place par notre faute.
Nous voici sur l'unique chemin, qui monte vers le sommet, lampes frontales vissees sur le front. 1h 30 de marche nocturne sur 3km. Nous croisons les premiers porteurs de souffre qui ont deja effectue une descente dans le cratere. Il descendent le sentier a la torche, leur charge, de 80 kg environ, sur le dos. On vient de faire un bond de geant dans le temps. Ces hommes travaillent dans des conditions moyenageuses. Leur vie, c'est le volcan, le souffre qui les nourrit, qui les detruit, monter, descendre, remonter. Car il faut bien le transporter plus bas. De la il partira bien plus loin encore pour etre exploite par les geants de la chimie...
L'aube apparait, en meme temps que le sommet. Progressivement, les yeux s'habitue a cette luuminosite a peine eclose. D'autres cones volcaniques se dessinent tout autour de nous.
Moment magique!

Le soleil n'est pas encore leve, on verserait facilement notre petite larme, on se retient, pour plus tard...

Enfin le cratere, au fond, un lac, oscillant entre le turquoise et le vert d'eau, et puis un enorme nuage continu: de la vapeur de souffre. En bas les porteurs s'activent, l'un d'eux s' approche pour nous vendre une babiolle en souffre. Le tourisme ( 70% de Francais, attires ici grace/ a cause de Nicolas Hulot depuis qu'il y a tourne un Ushuaia en 2000 selon le garde francophone du volcan) leur permets d'arrondir leurs salaires derisoires. Moins de 100 roupies le kilos, cad quelque 10 cts. On comprend pourquoi, ils vont jusqu'a se charger de 100kg au detriment du bon sens, de leur sante mais pas de leur survie...
Plus loin en remontant la plus haute face du cratere, on peut appercevoir l'ile de Bali. Un lieu parfait pour engloutir un petit dej compose de 3 toasts avec de la confiture(la grande classe!) en observant le nuage de souffre en contre bas. Ce dernier change d'orientation tous les moments. Il est 6 heures du matin, seuls au monde, enfin seuls "touristes". Tout simplement beau, rien a ajouter!

Finalement, je renonce a descendre dans le cratere, la bronzette au bord du lac d'acide sulfurique bof, et puis comme un pressentiment. Avec ce vent changeant, le nuage de souiffre pourrait bien soudainement avoir l'envie de me coller aux train. et remonter avec lui, ca va etre l'enfer. Fred, lui, n'ecoute que son courage, et se lance a l' assaut du cratere tel le cabri...
En l'attendant, j'observe le manege ambiant. Les porteurs, qui peinent avec leur chargement, et les groupes de touristes qui sont arrives au sommet... Et la, j'ai honte.
Un groupe de piallieuse francaises fait des photos. Elle se plantent au milieu du sentier escarpe, genant les porteurs dans leur travail. Souvenir ultime la photo a cote du vrai porteur de souffre, "un pauvre homme" evidemment, qu'elle racontera Ginette pendant la soiree diapo... Grrr... Donc elle s'autophotographient parmi avec eux, et leur donne (attention c'est du lourd) un biscuit, au chocolat (faut pas les prendre pour des petit LU non plus) pour les remercier... Nausee... Je file a l'extreme oppose de cette bande de cinglees, sur l'un des sommets du cratere. J'ai d'un coup, l'impression d'etre au zoo! Je me sens mal a l'aise, un peu voyeuse de volcan, voleuse de misere....Etrange sentiment, toujours paradoxal du voyageur... Oui nous sommes tous le touriste de quelqu'un, mais le comportement de certains de mes congeneres, parfois, me laissent vraiment sans voix.
Entre temps, le nuage de souffre s'est bien deplace . Il disperse maintenant ses vapeurs toxiques en plein sur le chemin des porteurs, et celui de Fred. Au bout d'une heure, je le vois revenir, extenue et plus ou moins empoisonne au souffre. Il allume une clope, c'est bon signe, il va s'en remettre.... (c'est bon Peg, il a presque pas failli "mourir" cette fois :0))) Bon feeling de mon cote, et hop un petit compliment au 6eme sens feminin en passant.

Il est 11h30 quand nous arrivons a nouveau vers le 4x4 et retrouvons un Budi enfin rechauffe. Sur le trajet du retour, malgre les secousses, tout le m0nde s'effondre . Nous voici prets pour une deuxieme journee qui commence, par un bon repas... Evidemment.
La suite... a Borneo ou pas, on ne sait toujours pas si notre avion va decoller (d'ailleurs on ne sait pas non plus s'il va atterir....(c'est de l'humour maman!) )