dimanche 29 juin 2008

Jardin d'Eden et peau de chagrin

Apres 5 heures de taxi collectif et autant d'heures de massacre auditif a grand coup de decibels de remix techno-dance-daube, apres 1 heure de cercueil volant et un enorme bruit de dissloquation a 2000 metres du sol, apres 16 heures de bus brinquebalants, et a nouveau autant d'heures de re-massacre auditif aux decibels des Corrs ET de Shania Twain (oui, oui, oui), apres une demi-heure de ferry, apres la cryogenisation a la clim' de tout ce temps cumule (si quelqu'un peut m'expliquer pourquoi, toujours, systematiquement, partout, en Asie du sud-est, la climatisation est a 10 degres au maximum dans TOUS les transports, il gagne un esquimau au chocolat), bref, apres toutes ces heures de transit, qui font, c'est bien connnu, les meilleures souvenirs pendant les soirees diapo, nous avons debarque, a 4 heures du mat, a UBUD, ke Bali.


Autant le dire, nous sommes passes dans une autre dimension... tres, tres tres lointaine de Borneo, de ses moignons de foret, de ses chambres moisies, mais aussi de ses merveilleuses surprises humaines. Ubud c'est le jardin d'Eden, le royaume de l'hedonisme, du joli et du panier perce.



Des bungalows raffines (merci Zian) , des spas chouchoutans, des restaux a en faire saliver un orang -outan, des boutiques de fringues singulieres, de design, de bijoux, des ateliers d'artistes, des meubles. Voila, Ubud, c'est en quelque sorte mon ile de la tentation... Pas facile d'enterrer comme ca l' "homocitadinus" depensiere frenesique . Apres 3 semaines de disette, elle a repris le dessus en l'espace de quelques heures... On croirait voir une Carrie Bradshaw dans une reserve de Manolo shoes.


Et tout ces plaisirs de consommation ressembleraient presque a s' y meprendre a des vacances, des vraies, un peu futiles, un peu vaines mais tellement regenerantes... Le pire? Pas le moindre remords.
Et bien, mon tres cher, compte en banque, je crois que notre route s'acheve ici, je vais te laisser poursuivre ton chemin. Crois-moi, tu seras plus heureux sans moi...


Quoi? Une personnalite contrastee et paradoxale? Humaine... what else?

Apres la jungle, la jungle.

C'est une ville dans laquelle personne ne va...
Non, en fait, c'est plutot une ville dans laquelle, il est excessivement rare que des etrangers s'aventurent. D'autant plus, s'ils portent le teint pale!
Dans cette ville peu visitee donc, il y a un hotel.
Non, en fait, il y a plusieurs hotels, mais l'un d'eux, est le "best hotel of the city".


Dans cet hotel, dans cette ville ou personne ne s'attarde, on ne change pas les draps.
Non, en fait, personne n'a jamais trouve necessaire d'expliquer a quicquonque pourquoi il etait agreable de dormir dans des draps popres...
Derriere la chambre du meilleur hotel de Sampit, la ville absente des cartes, il y a une piscine.
Non en fait, pas exactement une piscine, disons plutot un bouillon de culture: herpes, mycoses, hiv, ebola... Peut-etre meme, dans les profondeurs, quelques virus inconnus au bataillon de la science ... Qui sait... Pour sur, personne ne s'y est jamais aventure!


Autour de ce laboratoire humide pour epidemiologiste en ballotage, il y a des "sculptures"de poissons en platre, ou en carton pate, on n' a pas encore tranche.
Non, en fait, il n' y a pas qu'autour de la piscine qu'il y a des n'animaux sorti d'un train fantome de serie Z.
Dans cet hotel decrepit et decati d' une bourgade solitaire du centre du Kalimantan, il n'y a strictement rien a faire....
Non, en fait, c'est un peu exagere... On peut y regarder "le meilleur" de Mr Bean en mangeant un nasi goreng huileux... Et puis dans le parc, il y a des gros champignons qui poussent....




Ouais, ben, on s'amuse comme on peut que voulez-vous!

mardi 24 juin 2008

Le chainon manquant entre la couleur de mes cheveux et Chewbacca

4 jours dans la foret primaire c'est:

1 Klotok (bateau du coin) et aucun naufrage
76 piqures (5 pour Fred, 71 pour moi....) et pourtant 250 ml d'anti-moustique extra fort, et meme 1 moustiquaire
0 biere mais 1 Coca, 1 Fanta rose (burp) et 30 bouteilles d'Aqua
4 membres d'equipage et 1 arnaqueur
1 jeu de Uno et 5 victoires
22 orang outans, dont un a 2 de tension, une emmerdeuse, un chapardeur, 2 gros mAles dominants avec tout ce qu'il faut de poils la ou il faut, et enfin une au beguin visible pour le Fredo (et que je t'attrappe la main mon loulou, vient on s'en va tous les deux roucouler dans la jungle :0))
1 fleur carnivore, 2 nids de tarantules, 10 de guepes mais pas de serpent.
1 fondatrice de Camp Leakey, une grosse paire de lunette sur un air de diva, mais sans politesse (en option pour les orang outans seulement)
3 douches a l'eau de la riviere
1000 fois racontee l'anecdote du touriste anglais devore, atteste meilleur petit dej' par les crocodiles depuis 2001
1 brossage de dents a la lueur des lucioles
1 matelas Hello Kitty, et 1 autre Puca
6 plats de riz, 2 ananas, 1 pot de lait concentre, 1 bouteille de sauce soja douce et 24 tranches de bananes frites, 0 carie pour le moment
15 touristes, dont 2 que j'aurais bien jete aux crocodiles comme on offre un repas chez Rochat.
1 tour de batterie d'Ipod, et 16 minutes de Lights (Archive) en dedicace aux lucioles
10 questions a un ancien coupeur d'arbre devenu ranger dans le parc.
2 histoires droles et vraies: un voyeur d'orang outans forniquateurs et un petit orang outan saoule a l'insu de son plein gre.
10 pages lues de mon roman du moment , L'histoire de l'amour
206 photos
0 prise de bec
1 refaisage d' univers et 1 cours d'astronomie
4 familles de Proboscis Monkeys, des droles de singes qui auraient plu a Edmond Rostand, un pic! Un cap! Une peninsule (malaise) oui !
4 millions de roupies en moins sur le compte en banque mais quelques 81 heures de souvenirs.
Et enfin 1 arbre plante!


Parc national du Tanjung Puting

Resting on the Klotok

Meme dans cette aire protegee, la foret est passe par la case scies (illegales)

Jeune orang-outan a Camp Leakey, les rangers l'appelle Percy.


On a plante un arbre a Borneo, il a meme pas encore 2 ans, un p'tit djeun quoi.


Qui est le plus curieux celui de la ville ou de la foret?

La mere d'un ancien coupeur d'arbre dans le village de Tanjung Harapan


vendredi 20 juin 2008

Une graine de tournesol qui s'essaime

Togu c'est un jeune mec, la trentaine. Il vient de Sumatra, lui aussi. Avec sa bande de potes, ils ont cree une association, ici a Pangkalan Bun. Yayorin! Leur credo: les hommes ont besoin de la foret, et la foret a besoin des Orang Outans. En clair une approche avant tout humaniste de la conservation: faire son possible pour sauver les orang outans c'est bien, mais c'est quand meme beaucoup mieux si d'abord on offre l'education aux fermiers, aux villageois, a la jeunesse. Bref. Ils sont 25, tous jeunes, tous amis, motives, passionnes, et avec leurs cerveaux tres bien construits et leurs gros bras, ils ont bati un endroit remarquable. Une bibliotheque bien fournie pour les enfants, 8000 livres. Et aussi des cours d'anglais dans la nature, ils ont recree une petite foret dans leur jardin, il font des camps ici avec les petits, ils leur apprennent le recyclage, le respect de la nature, le jeu.


Et puis surtout, ils ont developpe un programme d'education a l'agriculture biologique. Eux ont reussi l'exploit de faire pousser des legumes sur cette terre de tourbieres, sablonneuse ou rien ne pousse a explique le gouvernement indonesien. Alors ils invitent les fermiers, leur expliquent que c'est possible de faire pousser des legumes plutot que des palmiers a huile. Ils les forment, les encouragent eux aussi a planter, a exploiter enfin leur terre. Et surtout ils leur donne l'outil pour le faire, l'education.


Ils esperent qu'ils vont en convertir peu a peu, et que peut etre un jour les plants de tomates, les choux, et les salades remplaceront les palmiers a huile. Ils se bougent, ils n'ont pas d'argent mais de l'energie. Au debut on les regardait avec mefiance ici, parce qu'ils avaient tous les cheveux longs et moins de 30 ans. Maintenant, on les appelle quand quelqu'un tombe malade dans un village. Ils ont aujourd'hui quasi atteint le statut de messie. Meme dans la terre defrichee, il y subsiste toujours quelques jeunes pousses pour resister. Yayorin, c'est une graine de tournesols dans un champs de palmier!



Moi qui ne m'emballe pas souvent pour les projets associatifs, pour une fois j'ai ete conquise, convaincue, seduite, par le pragmatisme et l'intelligence de ce projet tout autant que par l'engagement de cette petite equipe rayonnante. Voila, je trouvais que cela meritait d'etre souligne ici.

La theorie de l'evolution: Rien ne descend de l'arbre... car l'arbre est tombe

"Vous allez voir la famille de Darwin, c'est bien ca? (en parlant des Orang Utans) Votre scientifique la, qui pense que l'homme descend du singe... L'homme descend du singe.... Ha ha ha ha... Hi hi... haaa haaa..."
Yesran vient de Sumatra, il vit et surtout travaille a Borneo depuis 2 ans. Son metier? "un peu chimiste, un peu scientifique". Son domaine d'activite: les plantations d'huile de palme, comme tout le monde au Kalimantan. Ici, quand on ne coupe pas les arbres, on plante des palmiers pour en faire des "bio"carburants.... Yesran ne croit pas a la theorie de l' evolution. Pas plus qu'aux dommages a l'environnement causes par la culture de l'huile de palme. Yesran croit en revanche qu'il est temps d'investir, d'ailleurs si ca nous interesse, c'est un "very good business". Yesran est riche, il prend l'avion, il a une maison, une voiture, un chauffeur, un laptop. Et il est surtout vraiment tres sympa.


Rencontre a l'aeroport de Sampit, il nous a pris d'affection. Il a voulu nous payer notre trajet jusqu'a Pangkalan Bun a 4 h de la. On ne s'est pas laisse faire. Mais nous avons quand meme partage le meme 4x4. Yesran, c'est un gros coup de bol journalistique aussi. Je voulais interviewer un producteur d'huile de palme, je savais que ca allait etre une mission quasi impossible. Et puis la, je me retrouve en compagnie d'un des cerveaux d'une de ces compagnies, pendant pres de 6 heures....Alors j'ai un peu finte, je ne lui ai pas vraiment dit ce que je faisais, mais j'en ai profite pour poser 10000 questions. Oui, je l'ai un peu interviewe a l'insu de son plein gres. C'est vrai. Mais pour la bonne cause...Si, si, si...


J'espere vraiment pouvoir tirer quelque chose des rencontres ici, vendre ce papier.(Il y a de la supplication cachee dans cette phrase chers confreres et neanmoins amis :0) ) Imaginez que sur 5 heures de route, on n' a pas vu un arbre, il n'y a plus un hectare de foret ici sur des centaines et centaines de kilometres. (des milliers meme) C'est assez hallucinant. A la place des plantations d'huile de palme qui ne profitent a personne, ni aux fermiers ni a l'environnement. Tout au plus aux grands exploitants. Et je ne joue pas mon alter mondialiste de base, promis!


Une fois arrives a Pangkalan Bun, nous avons file chez Stephen Brendt, le conservateur du Parc de Tanjung Puting, une des dernieres poches de foret primaire au Kalimantan. Re- interview. Je n'oserais pas me plaindre, je l'ai bien cherche, mais... bosser, faire un interview in english please apres un leve a 4 h du mat' (et une nuit dans un hotel euh...moisi, ouais c'est le mot) un avion tout pourri, un taux d'humidite proche du 90%, air ambiant 35 degres, 5 heures de 4x4 sur une route defoncee... ben, franchement, c'est hard!


Mais bien evidemment la rencontre fut forte sympathique, et vraiment interessante. Nous en avons mesure toute la portee ce matin seulement apres une bonne nuit de sommeil plus que necessaire et un retour a son bureau pour prendre quelques photos. Et la Stephen nous a donne un contact en or, de ceux qui vous reconcilie avec l'humanite. Il porte le nom de Togu...